Les haies en Bourgogne
Il s'agit de haies vives, c'est à dire d'un alignement d'arbres et d'arbustes bordant les chemins creux, clôturant des prairies ou des champs, souvent de dimensions inégales, dont l'assemblage forme le bocage. Exemple type : les paysages du Charolais.
I
C'est un milieu d'une grande valeur biologique,
riche de ses éléments floristiques et faunistiques.
1.
De hauteur variable, les haies de 1 mètre à plus de 2 mètres sont en
général constituées de six à dix espèces arbustives ou de haute tige,
d'essences à rejets ou épineuses selon qu'elles ont été construites pour
être des obstacles au passage du bétail ou utilisées pour faire des fagots
(ex frêne), appoint de nourriture pour le bétail : Charolais, Bresse ou encore
pour le plessage des branches comme les châtaigniers dans le Morvan.
On y trouve :
* des espèces arbustives :
+ aubépine
+ églantine
+ prunellier
+ ronce à feuille d'orme
* des arbres liés au biotope local, géologie et
climat :
+ frêne (ex Brionnais, Bresse...)
+ charmes, chênes
+ châtaigniers, hêtre (Morvan)
+ érable
+ orme (vallée de la Saône)
* des espèces complémentaires :
+ troène
+ cornouiller sanguin
+ fusain
+ clématites
+ viornes
+ sureaux
* des espèces naturalisées :
+ noyer
+ sorbier
+ peuplier noir ...
* des espèces plus rares
+ trèflier
+ érable de Montpellier
+ cerisier à grappes (vallée de la
Saône)
Sous les haies poussent des espèces herbacées
comme orties et gaillets, parfois plus spécifiques comme benoîtes, stellaires,
géraniums noueux... qui recherchent ombre et matière en décomposition.
Le sol des haies est un réservoir de semences et l'on s'y fournit en porte-greffes.
2.
La flore et la faune des haies sont
intimement liées. La richesse faunistique dépend de la stratification verticale de la
végétation et de l'épaisseur de la haie.
La faune des haies est plutôt composite et représente dans certains cas la
somme des milieux environnants : les oiseaux s'y nourissent, s'y abritent, s'y
réfugient (chassés par les pesticides ou les engins mécaniques), y nichent,
s'y reproduisent. On y trouve plus particulièrement en Bourgogne :
* fauvettes
* traquets ou tariers
* accenteurs
* pies-grièches (protégées)
* rossignols
* merles
* linottes
* bruants
Les petits mammifères n'utilisent les haies que ponctuellement, les reptiles
(ex lézard vert, vipère aspic...), les batraciens (ex rainette arboricole...),
les coléoptères y vivent également, des insectes xylophages y trouvent
refuge.
II La
haie est un élément patrimonial indéniable, toujours liée à l'évolution de la société agricole qui l'a
construite, exploitée, entretenue. C'est une construction de l'homme,
constituée du moyen-âge au XIXème siècle, jamais figée dans son aspect. Son
maillage marque et définit un paysage. Elle témoigne d'une culture
parfaitement adaptée à l'environnement, à la conformation des terrains (ex
les haies suivent les courbes de niveau en Auxois), à la nature du sol (ex :
les haies occupent les fonds des vallées humides)
Cet élément culturel, reflet des pratiques agricoles passées et actuelles,
constitue à ce titre un des éléments fondamentaux de valorisation des
produits issus de ce terroir.
Mais 60 % des haies ont disparu depuis 1960 en France. En
Bourgogne, la disparition est freinée par la spécialisation dans l'élevage du
boeuf charolais qui utilise toujours le bocage.
Cependant il ne subsiste souvent que des vestiges de haies dégradées,
composées uniquement de sureaux noirs, prunelliers, ronces alors que les haies
hautes, plus de 2 mètres, (coupées tous les 5-6 ans comme dans le passé) sont
les seules à avoir une forte potentialité biologique.
III Il est urgent de réagir.
Les haies demandent une protection offensive
1 Dans les régions d'élevage la haie peut parfaitement
continuer de remplir
ses fonctions ancestrales de clôture, de limite, d'abri pour le bétail,
d'écran contre les vents dominants, de source de production de baies, de bois.
2 Bio-indicateur de l'état d'un
paysage, des études actuellement tendent à
prouver que la haie joue un rôle actif dans ce paysage. En effet la
segmentation d'un espace organisé par les haies :
* crée des flux qui modifient la distribution spatiale de
l'eau de pluie, une plus forte hétérogénéité de l'évaporation
* atténue le ruissellement de l'eau, la filtre et crée un
impact physico-chimique sur le sol.
* joue un rôle tampon dans les crues, en atténue les pics.
Les haies auraient à terme un effet sur les précipitations, le climat.
3 Les
haies anciennes, hautes, sont les plus diversifiées et les plus belles et
méritent d'être conservées et protégées. Même s'il s'agit surtout de
biens
privés elles sont d'intérêt général et perçues comme telles. Elles
suscitent un regain d'intérêt et correspondent à l'aspiration croissante de
la population pour les espaces plus naturels, plus écologiques.
4 Une politique s'est mise en place au plan des instances départementales,
régionales dépendant du ministère de l'agriculture pour prendre en compte ces
nouveaux facteurs. On procède à l'évaluation, la protection, la
remise en état, la replantation de haies.
Cette gestion a un coût important : il faut bâtir des schémas
de plantation, elle requiert une main d'oeuvre plus qualifiée (ex :
connaissance des essences), une taille appropriée (ex broyage, élagage), donc
un accompagnement technique.
Il faut vaincre certaines résistances liées au mode de vie et
priorités actuelles : automobile, mécanisation. Mais des mesures
incitatives existent (ex les contrats territoriaux d'exploitation...)
Si la conservation et la création de haies hautes, fortement diversifées,
contribuent à refuser la banalisation et l'enlaidissement du paysage,
elles peuvent plus prosaïquement améliorer des paysages dégradés par des
bâtiments disgrâcieux, des lotissements défigurant un paysage rural et aussi ouvrir
des débouchés (filière bois de feu, de construction, compostage des
déchèts verts), induire des qualifications nouvelles, créer des emplois à la
campagne.
La haie peut et doit avoir un bel avenir
Apolline Esther Schneider, juillet 2002