Les Contrats Territoriaux d’Exploitations . C.T.E.

 

L’agriculture
    L’agriculture  multifonctionelle de nos ancêtres, suite aux besoins après la seconde guerre mondiale, a fait une place croissante à  la productivité puis ensuite, la nourriture nationale étant assurée , à  la recherche libérale d’une plus grande valeur ajoutée.

Géopolitique du monde rural
   
Les agriculteurs occupent très majoritairement les surfaces, par contre ils sont très largement minoritaires dans nos communes, même rurales. Des exploitations disparaissent, les surfaces libérées vont trop souvent s’agréger à des exploitations existantes, dans une recherche délibérée de surface permettant d’obtenir plus de subventions.   Se pose de plus en plus des problèmes de  cohabitation entre les exploitants et les résidants ( résidences principales ou secondaires ) . Des compromis sont possibles, encore faut-il que s’instaure un dialogue entre ceux qui veulent continuer à exploiter et ceux qui  aimeraient résider et vivre dans le calme , sainement et tranquillement. C’est en dialoguant sur les nuisances que l’on peut espérer diminuer ces nuisances. Ce sont, pour l’essentiel :
            - les lisiers et les fumiers,

            - le poids et la taille des matériels, mal adaptées aux routes étroites.

            - les agressions à l’environnement en général et aux paysage en particulier.

Une politique européenne
      Au sommet de Berlin, en mars 1999, le Conseil Européen adopte une réforme de la Politique Agricole Commune ( P.A.C. ) :
            -  mesures de soutien en compensation de la baisse générale des prix,
            -  mise en place d’un nouveau cadre de développement rural tendant à modifier les pratiques agricoles en tenant compte des besoins du monde rural , des attentes de la société et des impératifs environnementaux. 

    S’appuyant sur la loi d’orientation agricole du 9 juillet 1999, le Plan de Développement Rural National (P.D.R.N. ) s’intègre dans le règlement européen , il est approuvé par la Commission européenne le 7 septembre 2000. Deux  grands principes émergent  de ce plan :
            - renforcement des moyens destinés au développement durable et à la protection de l’environnement,
            - approche intégrée du développement rural au niveau de l’exploitation agricole avec la mise en place des Contrats Territoriaux d’Exploitation. ( C.T.E. )

Les Contrats territoriaux d’Exploitation
   
Fondé sur la volonté de prendre en compte les attentes de la société vis à vis de l’agriculture , le C.T.E. favorise la reconnaissance et la mise en œuvre de nouvelles fonctions pour l’exploitation : gestion de l’espace rural, entretien de l’environnement, création d’emploi, ….

    Le C.T.E. est un contrat individuel signé entre l’agriculteur et l’Etat par le truchement de son représentant qu’est le Préfet. C’est un engagement sur cinq ans. Le projet concerne l’ensemble de l’exploitation, il comporte  une partie socio-économique et une partie environnementales cohérentes et s’inscrivant dans un cadre départemental et respectant les enjeux territoriaux. 

    L’agriculteur qui signe un C.T.E. reçoit, en contrepartie, une aide financière de l’Etat . Cet apport financier est à  deux niveaux :
            - aide aux investissements , en principe limitée à 100 000 FRF. Il s’agit de subventions  couvrant un pourcentage des factures présentées pour des travaux d’amélioration . Taux de subvention de 20 % minimum ,qui est augmenté pour les jeunes agriculteurs, les zones défavorisées et les créations d’emploi ,pour atteindre 55 % des sommes investies.
            - des aides annuelles, sur 5 ans, pour l’amélioration des pratiques, proportionnelles aux surfaces concernées.

    Les agriculteurs reçoivent aides et conseils pour l’élaboration de leur C.T.E. de divers techniciens de l’Association Départementale d’Aménagement des Structures Agricoles    ( A.D.A.S.E.A ) et de la Chambre d’agriculture. Puis ces contrats sont soumis à un comité technique pour vérifications ,et avant d’être présentés à la signature du Préfet, ils sont soumis pour avis à la Commission Départementale d’Organisation de l’Agriculture . La C.D.O.A. , présidée par le Préfet , participe à la définition des axes prioritaires, à l’élaboration des mesures-types. Elle apprécie la qualité et la cohérence des dossiers. 

Concernant les C.T.E. laissons-nous guider par la sémantique. 
Je voudrais insister sur le sens des mots que nous entendons souvent sans réflexion , que par habitude nous utilisons sans aller au fond des choses.

CONTRAT . Le décret 99.874 du 13 Octobre 1999 porte modification du code rural et il est relatif aux contrats territoriaux d’exploitation. Il faut toujours partir des textes et y revenir en cas de doute….
    
ART 1   : Le CTE porte sur l’ensemble de l’activité de l’exploitation , il comprend  nécessairement deux parties :
   
1. les engagements de l’exploitant dans le domaine économique et de l’emploi , en faveur notamment de la création ou de la diversification d’activités agricoles, de l’innovation et du développement de filières de qualité.

Ce paragraphe est d’une grande clarté,  il définit bien la plaque économique, emploi, création, diversification, innovation …. Si ces éléments font défaut l’esprit n’est pas respecté.

    2.  Les engagements de l’exploitant dans le domaine de l’aménagement et du développement de l’espace rural et de l’environnement, en vue notamment de lutter contre l’érosion, de préserver la qualité des sols, les eaux, la nature et les paysages.

    Cette seconde composante dit clairement que l’exploitant s’engage. Tout est bien défini , aménager et développer, et la cible est claire, c’est le rural et tout notre environnement .
Les exemples qui viennent naturellement à l’esprit sont la préservation des sols, de l’eau , de la nature en général et de son aspect en particulier. 
Ce décret dit clairement qu’il nous faut laisser la planète en bon état. Un contrat se négocie. Soyons clair, personne n’est obligé de signer. Au salon de l’agriculture 2000 ,en paraphant nos 5 premiers contrats, Jean GLAVANY a dit «  le C.T.E. repose sur une démarche contractuelle. Il  s’appuie sur un projet portant sur l’ensemble de l’exploitation… 
   
 
    Car toutes les surfaces comptent, et on peut le regretter car les sommes allouées sont assez directement proportionnelles à la surface, ce qui favorise outrageusement les grandes exploitations. C’est ainsi .
Il convient d’accompagner les agriculteurs dans une démarche de logique globale. Une mauvaise approche est de se demander comment obtenir une subvention ; une bonne est que l’agriculteur se pose la question : 
   
«  que puis-je améliorer pour que les 10 ou 30 ans qu’il me reste à travailler se passent dans de meilleures conditions et que j’en tire profit financièrement et aussi que j’en éprouve fierté et plaisir ?  »
   
 
Un contrat se négocie, certes,  mais aussi un contrat se respecte.

    Je ne veux faire de procès d’intention à personne ,mais qu’il soit clair que les petits malins qui empocheraient les subsides et ne réaliseraient pas leurs engagements seront les premiers à se leurrer, car les projets sont pour améliorer leurs résultats et leurs conditions de vie. Il fut un temps où le monde rural était connu pour respecter sa parole.
Si les contrats sont négociables, il doivent être respectés. C’est à ce prix que le monde rural conservera sa crédibilité à l’avenir.

TERRITORIAL : Les contrats sont territoriaux, ils s ’appliquent au domaine de l’agriculteur, à sa  terre, à la terre qui dépend de lui.
   
Ce qui est en jeu c’est la survie du monde RURAL. Le monde rural est menacé, il est victime d’une diminution corrélative des demandes de consommation et des propositions de services.   Le monde rural a besoin pour survivre que soient maintenus les services , la poste, la banque, les commerces, les administrations, l’école .. .. à défaut les gens partent et ceux qui pourraient être attirés ne viennent pas.
    Le producteur, pour vendre ses produits a besoin que son territoire bénéficie d’une bonne image, que ce territoire soit crédible.  Il ne suffit pas de dire production fermière ou biologique, il faut ajouter la provenance. Il importe que l’adjectif charolais ou bourguignon attaché à notre production soit crédible, qu’il inspire  confiance.
    Parmi les territoires de ce départements certains sont  fragiles, ils sont répertoriés dans des Z.N.I.E.F.F. ( Zone d’Intérêt Ecologique, Floristique et Faunistique ) .  Des surfaces importantes sont classées NATURA 2000, pour l’essentiel Val de Loire et Val de Saône, pelouses calcaires. …
   
Toutes ces zones bénéficient de recommandations, de conseils pour maintenir les équilibres . Il n’existe pas d’interdictions très strictes et nous nous en réjouissons, la concertation doit permettre les aménagements du territoire qui sont nécessaires . Par contre, nous déplorons que certains profitent du manque d’interdiction brutale pour faire fi de ces zones et ne pas les respecter. C’est la survie de notre planète qui est en jeu , et il ne faudra pas venir se plaindre que des règles plus strictes soient demandées alors  les conseils de modérations seront bafoués.
    Contrat territorial, ce qui est en jeu, c’est la survie du monde rural, et la qualité de vie sur notre planète.

EXPLOITATION. Ce contrat est fait pour  permettre à l’agriculteur  d’exploiter sa TERRE, son territoire, qui est aussi notre territoire..

    Ici encore un point de sémantique. Exploiter c’est faire valoir et en tirer un juste profit. C’est  permettre de vivre de sa terre et de son travail comme de ses investissements.
   
Mais exploiter c’est aussi abuser, profiter abusivement, exploiter un salarié c’est le faire travailler abusivement.      Ce qui est autorisé c’est l’utilisation normale, ce qui est rejeté c’est l’utilisation abusive. Pensons aux générations futures, ne surexploitons pas.

L’état des lieux en Saône-et-Loire
   
Nos premiers C.T.E. ont été signés le 03 Juillet 2000.En novembre 2000, 70 techniciens étaient formés puis agréés pour assister les agriculteurs dans le montage de leur dossier C.T.E.. A ce jour, seulement 140 dossiers sont signés.
   
350 dossiers ont été examinés, avec avis favorable par la C.D.O.A.dont plus de la moitié est en instance dans l’attente de la signature des agriculteurs. Plus de 400 dossiers sont en phase d’élaboration. Et plus de 400 n’en sont qu’au stade des déclarations d’intention.

 

En guise de conclusion , un clin d’œil  au travers de  notre devise républicaine.

Que les C.T.E. soient traités en toute liberté, ils sont négociables librement et ils doivent être respectés.
Qu’ils soient construits en toute égalité, tous les agriculteurs y ont également accès ils ne sont pas réservés à une bande ni aux copains, la transparence doit être de règle.
Qu’ils permettent plus de fraternité. Le monde rural peut survivre . Les paysans en font partie, ils y ont toute leur place dans le respect des engagement pris.

Jean Chèze
Membre de la C.D.O.A.
Représentant le C.D.P.N. 71