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Le coût des pollutions agricoles diffuses Source "Ouest France"
Mercredi 12 octobre 2011 La fraise industrielle un problème toujours d'actualitéFraises espagnoles/ scandale écologique PAR Claude‐Marie Vadrot
D'ici à la mi‐juin, la France aura importé d'Espagne
plus de 83 000 tonnes de fraises. Enfin, si on peut appeler «fraises» ces gros trucs
rouges, encore verts près de la queue car cueillis avant d'être mûrs, et ressemblant à des
tomates. Avec d'ailleurs à peu près le goût des tomates... Si le seul problème posé par ces fruits était
leur fadeur, après tout, seuls les consommateurs piégés pourraient se plaindre d'avoir
acheté un produit qui se brade actuellement entre deux et trois euros le kilo sur les
marchés et dans les grandes surfaces, après avoir parcouru 1 500 km en camion. À dix tonnes en
moyenne par véhicule, ils sont 16000 par an à faire un parcours valant son pesant de
fraises en CO2 et autres gaz d'échappement. Car la quasi‐totalité de ces fruits
poussent dans le sud de l'Andalousie, sur les limites du parc national de Doñana, près du delta du
Guadalquivir, l'une des plus fabuleuses réserves d'oiseaux migrateurs et nicheurs
d'Europe. Il aura fallu qu'une équipe d'enquêteurs du WWF‐France s'intéresse à la marée montante de cette fraise hors
saison pour que soit révélée l'aberration écologique de cette production qui
étouffe la fraise française (dont une partie, d'ailleurs, ne pousse pas dans de
meilleures conditions écologiques). Ce qu'ont découvert les envoyés spéciaux du
WWF, et que confirment les écologistes espagnols,
illustre la mondialisation bon marché. Cette
agriculture couvre près de six mille hectares,
dont une bonne centaine empiète déjà en toute
illégalité (tolérée) sur le parc national.
Officiellement, 60% de ces cultures seulement sont autorisées;
les autres sont des
extensions «sauvages» sur lesquelles le pouvoir
régional ferme les yeux en dépit des protestations
des écologistes. Les fraisiers destinés à cette production, bien qu'il s'agisse
d'une plante vivace productive plusieurs années, sont détruits chaque année.
Pour donner des fraises hors saison, les plants produits in vitro sont placés
en plein été dans des frigos qui simulent l'hiver, pour avancer leur
production. À l'automne, la terre sableuse est nettoyée et stérilisée, et la
microfaune détruite avec du bromure de méthyl et de la chloropicrine. Le premier
est un poison violent interdit par le protocole de Montréal sur les gaz
attaquant la couche d'ozone, signé en 1987 (dernier délai en 2005); le second,
composé de chlore et d'ammoniaque, est aussi un poison dangereux: il
bloque les alvéoles pulmonaires. ... Un
écologiste de la région raconte l'explosion de maladies pulmonaires et d'affections de la peau. Les plants poussent sur un plastique noir et reçoivent
une irrigation qui transporte des engrais, des pesticides et des fongicides.
Les cultures sont alimentées en eau par des forages dont la moitié ont été installés de façon illégale. Ce
qui transforme en savane sèche une partie de cette région d'Andalousie,
entraîne l'exode des oiseaux migrateurs et la disparition des derniers lynx pardel,
petits carnivores dont il ne reste plus qu'une trentaine dans la région, leur seule nourriture, les lapins, étant en
voie de disparition. Comme la forêt, dont 2 000 hectares ont été rasés pour
faire place aux fraisiers. La saison est terminée au début du mois de juin. Les
cinq mille tonnes de plastique sont soit emportées par le vent, soit enfouies n'importe où,
soit brûlées sur place. ... Et les ouvriers agricoles sont priés de
retourner chez eux ou de s'exiler ailleurs en Espagne. Remarquez: ils ont le
droit de se faire soigner à leurs frais au cas ou les produits nocifs qu'ils
ont respiré ... La production et l'exportation de la fraise
espagnole, l'essentiel étant vendu dès avant la fin de l'hiver
et jusqu'en avril, représente ce qu'il y a de moins durable comme agriculture,
et bouleverse ce qui demeure dans l'esprit du public comme notion de saison.
Quand la région sera ravagée et la production trop onéreuse, elle sera
transférée au Maroc, où les industriels espagnols de la fraise commencent à
s'installer. Avant de venir de Chine, d'où sont déjà importées des pommes
encore plus traitées que les pommes françaises...
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Le C.D.P.N. 71
J.C. |
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